René Maran, écrivain de seuil

Premier Prix Goncourt obtenu en 1921, René Maran reste méconnu. Pourtant, Batouala précède la Négritude et invente une écriture où la décolonisation commence dans la phrase. Retour sur une œuvre de seuil.

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Le Jardin de minuit met la lumière sur les écrivains qui ont été et qui sont encore des voix. Pas seulement des voix – des hommes et des femmes qui ont fondé, organisé, résisté, bâti.

Jean Albany ou la langue boomerang

Après la Caraïbe et l’espace atlantique – René Maran, Léon-Gontran Damas, Jacques Roumain, Suzanne Césaire, Marcus Garvey, Maryse Condé – notre club de lecture le Jardin de Minuit franchit un océan.

Pour sa huitième rencontre, le cercle met le cap sur l’océan Indien et fait place à un poète de La Réunion : Jean Albany (1917-1984). Une séance de découverte, autour d’un homme, d’une œuvre et d’un mot qu’il a inventé : la « créolie ».

Un poète qui a écrit son île depuis l’exil

Jean Albany naît en 1917 à Saint-Denis de La Réunion, fils d’instituteur, et grandit à La Saline, parmi les champs de canne et le fond des ravines. En 1937, il quitte son île pour Paris où il mène des études de droit puis de chirurgie dentaire.
Il n’en repartira plus vraiment : quarante ans rue du Dragon, en plein Saint-Germain-des-Prés, entre les bistrots, la peinture et la poésie. La Réunion ne sera plus, désormais, qu’un pays de vacances et de mémoire.

C’est là tout le paradoxe d’Albany et ce qui le rapproche de tant d’auteurs que nous avons déjà lus : c’est à distance, en exilé, qu’il écrit son île avec le plus de force.
« Mon île était le monde et je dois y mourir », confiait-il.
La séparation n’éteint pas le pays natal. Elle l’aiguise, le rêve, le recompose.
Albany meurt à Paris en 1984 ; il repose aujourd’hui à La Saline-les-Hauts, revenu enfin sur la terre qu’il n’avait jamais cessé de chanter.

Mon île était le monde et je dois y mourir

Zamal (1951) : le livre que nous allons découvrir

En 1951 paraît Zamal, un recueil de quarante-et-un poèmes.
Le titre, à lui seul, est un geste : « zamal » est le mot créole qui désigne le cannabis de l’île. Le poser en couverture, face au lectorat parisien, c’est refuser l’exotisme de pacotille et planter d’emblée la langue du pays.
Pour la critique comme pour les poètes réunionnais, Zamal fait figure de texte fondateur : le premier à rompre avec l’image de l’île-paradis et avec les formes héritées, pour dire une terre intime, réelle, habitée.

Avec ce livre, Albany invente une notion qui lui survivra : la « créolie ».
Le déplacement est décisif. Dans le roman colonial « créole » désignait le Blanc de l’île, le maître. Albany retourne le mot et en fait un terme qui rassemble, qui inclut, qui dit une identité partagée.

Plus tard, il ira plus loin encore en faisant du créole réunionnais une langue d’écriture poétique et composera même un Petit Glossaire pour en fixer et transmettre le lexique.

Réinventer la langue, chez lui, c’est réinventer l’appartenance : mawonnaj par les mots.

Le livre n’existe plus en format papier. Et c’est aussi une histoire

Longtemps publié à compte d’auteur, Zamal est aujourd’hui devenu introuvable dans son format d’origine. Il n’a survécu que grâce à une réédition numérique.
C’est, en soi, une part de l’histoire que nous racontons au Jardin de minuit : celle des œuvres fragiles, des voix qu’on a failli perdre et qu’il nous appartient de faire vivre encore.

La bonne nouvelle, c’est que le recueil complet est facilement accessible en version numérique, pour 5,49 €, en téléchargement immédiat.
Le plus simple est de passer par la Fnac : on achète l’ebook, puis on le lit via l’application gratuite Kobo by Fnac, à installer une seule fois sur son ordinateur et, si on le souhaite, sur son téléphone ou sa tablette.

Le recueil est aussi disponible chez Decitre, Furet du Nord ou Leslibraires.fr (lecture via l’application gratuite Vivlio) et en édition Kindle sur Amazon.

Venir avec un poème déjà lu n’est pas obligatoire : la séance est une découverte.
Mais télécharger Zamal, c’est déjà entrer dans le cercle. Et c’est faire exister à nouveau un auteur que le papier a oublié.

Ce que nous ferons ensemble

La rencontre est participative et prendra la forme d’un portrait vivant : nous entrerons dans l’homme, son île, son exil, sa langue.
Il y aura des lectures à voix haute, un atelier de lecture à plusieurs « lunettes » façon arpentage pour croiser les regards, une discussion ouverte et un temps pour relier tout cela à la société d’aujourd’hui.

Infos pratiques

Le livre : Zamal (1951), en ebook (5,49 €) —> Fnac, Decitre, Furet, Amazon Kindle.

Quand : jeudi 25 juin 2026, de 19h à 21h.
: MVAC Paris 13e (Maison de la Vie Associative et Citoyenne), 31 rue Bobillot
Inscription : gratuite, sur HelloAsso (places limitées).

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