
René Maran, écrivain de seuil
Premier Prix Goncourt obtenu en 1921, René Maran reste méconnu. Pourtant, Batouala précède la Négritude et invente une écriture où la décolonisation commence dans la phrase. Retour sur une œuvre de seuil.

Premier Prix Goncourt obtenu en 1921, René Maran reste méconnu. Pourtant, Batouala précède la Négritude et invente une écriture où la décolonisation commence dans la phrase. Retour sur une œuvre de seuil.

Un titre qui frappe : Gouverneurs de la rosée. Non pas gouvernés, mais gouverneurs et au pluriel. Roumain place ainsi d’emblée les paysans haïtiens en position de maîtrise, de dignité, de pouvoir sur leur destin.
Mercredi 18 février 2025 — ESSpace, Paris 13
La pluie battante n’aura pas découragé les plus motivés : si tous les inscrits n’ont pu se joindre à nous, les présents ont fait vivre une discussion riche et engagée autour du chef-d’œuvre de Jacques Roumain.
Cette séance marquait aussi le début d’un nouveau partenariat avec l’ESSpace, Paris 13.
Fidèle à l’esprit de l’arpentage, le fait que tous n’aient pas terminé la lecture n’a pas empêché chacun d’apporter sa pierre au tissage collectif.
Anecdote savoureuse : présents à d’autres événements parisiens, des lecteurs se sont reconnus comme participants au prochain rendez-vous du Jardin de minuit en raison du livre qu’ils tenaient en main : Gouverneurs de la rosée. Nous avons été absolument ravis de découvrir que le Jardin de minuit pouvait ainsi rapprocher les gens entre eux.
Une participante d’origine haïtienne a enrichi la discussion d’un regard éclairé sur la philosophie de Jacques Roumain et son intérêt pour la culture amérindienne. Elle a rappelé que les Haïtiens n’oublient pas leurs racines — Taïnos, Kalinagos — et que le syncrétisme, si présent dans le roman, témoigne de cette mémoire vivante.
Un point a particulièrement marqué les échanges : la manière dont Roumain révèle la dimension poétique et philosophique des paysans haïtiens. Loin des clichés, il leur donne une parole profonde, une pensée.
Ainsi en est-il de Bienaimé qui médite sur la douleur, la misère et son rapport avec Dieu, de ses réflexions sur la mare zombi, entre mystère et sagesse populaire. Et, face à lui, Manuel, avec ses démonstrations implacablement réalistes — cherchant l’eau par l’observation de la nature plutôt que par les croyances.
Roumain ne parle pas des paysans. Il les fait parler, penser, raisonner. Et leur donne raison.
Nous remercions les participants pour leur bravoure contre les éléments pluvieux, leur entière disponibilité, leur participation active dans le respect mutuel.
Kreyollywood — Le Jardin de minuit — En route vers SILEK 2026
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